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Vive le Québec Libre!

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Vive le Québec Libre!
Allons, allons, pour eux aussi,
il faut que la France soit la France!
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Évidemment, avec toute ces railleries, quand on a d'abord combattu l'occupant nazi, puis ensuite, anéanti les visées hégémoniques anglo-saxonnes sur la France (on se souviendra que Roosevelt avait juré d'anéantir la capacité industrielle de la France et projetait de l'occuper comme il a occupé l'Allemagne, mais qu'il a vait volte-face lorsqu'il a compris que De Gaulle retournerait la Résistance contre les américains), on se sent un peu come une baleine qui reçoit un pet de plancton...

Quelques mois plus tard, vers la fin de l'année, le plus illustre des français enfonça un peu plus le clou, lors de sa traditionnelle conférence de presse, à l'Élysée:

… Nous allons parler du Québec.
Qui m’avait posé la question ? Je vous en prie.

— Monsieur le Président, en juillet dernier, du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, vous avez lancé quatre mots qui ont fait le tour du monde et soulevé un flot de réactions passionnées et contradictoires notamment en France et dans tout le Canada. Quatre mois après cet événement, auriez-vous quelques réflexions à ajouter à celles que vous avez faites à votre retour du Québec ? D’autre part et surtout, pourriez-vous préciser quels sont à votre avis les grands objectifs de la coopération franco-québécoise qui depuis quelque temps connaît un développement accéléré ?

— Il y avait une autre question sur le sujet ?

Ce sont les français qui, il y a plus deux siècles et demi jusqu’en 1763, avaient découvert, peuplé, administré le Canada. Quand il y a 204 ans le gouvernement royal qui avait essuyé le grave revers sur le continent et qui de ce fait ne pouvait soutenir en Amérique la guerre contre l’Angleterre crut devoir quitter la place, 60 000 français étaient installés dans le bassin du Saint Laurent et par la suite leur communauté n’a reçu que des éléments infimes, nouveaux, venant de la communauté française de métropole.

Et cela alors que, une immigration, de millions et de millions de britanniques, relayée récemment par celle des nouveaux arrivants, yougoslaves, méditerranéens, scandinaves, juifs, asiatiques, que le gouvernement canadien d’Ottawa a déterminé à s’angliciser, s’implanter sur tous les territoires. D’autre part les britanniques, qui disposaient au Canada, depuis cette époque, du pouvoir, de l’administration, de l’armée, de l’argent, de l’industrie, du commerce, du haut enseignement, avaient longuement et naturellement déployé de grands efforts, de contraintes ou de séductions pour amener les canadiens, les français canadiens à renoncer à eux-mêmes.

Et puis là-dessus, s’était déclenchée l’énorme expansion des Etats-Unis qui menaçait d’engloutir l’économie, le caractère, le langage du pays dans le moule américain, et quant à la France, absorbée qu’elle était par de multiples guerres continentales, et aussi par de nombreuses crises politiques, elle se désintéressait de ses enfants abandonnés, et n’entretenait avec eux que des rapports insignifiants.

Tout semblait donc concourir à ce qu’ils soient, à la longue, submergés. Eh bien, par ce qu’il faut bien appeler un miracle de vitalité, d’énergie, de fidélité, le fait est qu’une nation française, morceau de notre peuple, se manifeste aujourd’hui au Canada et prétend être reconnue et traitée comme telle. Les 60 000 français qui étaient restés là bas jadis sont devenus plus de 6 millions et ils demeurent français autant que jamais. Au Québec même, ils sont 4 millions et demi, c’est-à-dire une immense majorité de cette vaste province.

Pendant des générations, ces paysans d’origine, des petites gens qui cultivaient les terres, se sont magnifiquement multipliés pour tenir tête au flot montant des envahisseurs et au prix d’efforts inouïs autour de leurs pauvres prêtres avec pour devise : " je me souviens ". Ils se sont acharnés et ils ont réussi à garder leur langue, leur tradition, leur religion, leur solidarité française.

Mais maintenant ils ne se contentent plus de cette défensive passive et comme toute sorte d’autres peuples du monde, ils prétendent devenir maîtres de leur destin. Et d’autant plus ardemment maintenant qu’ils se sentent subordonnés non plus seulement politiquement mais aussi économiquement. Et en effet étant donné la situation rurale, isolée, inférieure dans laquelle était reléguée la communauté française, l’industrialisation s’est faite pour ainsi dire par-dessus elle, l’industrialisation qui, là comme partout, domine la vie moderne.

On voyait donc, même au Québec, les anglo-saxons fournir les capitaux, les patrons, les directeurs, les ingénieurs, former à leur façon et pour le service de leur entreprise, une grande partie de la population active, bref disposer des ressources du pays. Et cette prépondérance conjuguée avec l’action qualifiée de fédérale mais évidemment partiale du gouvernement canadien d’Ottawa mettait dans une situation de plus en plus inférieure les français, et exposait à des dangers croissants leur langue, leur substance, leur caractère, c’est à quoi ils ne se résignaient pas du tout.

Ils se résignaient d’autant moins que tardivement mais vigoureusement, ils se mettaient en mesure de conduire eux-mêmes leur développement par exemple, la jeunesse qui sort de leur université moderne et de leur nouvelle école technique se sent parfaitement capable de mettre en œuvre les ressources, les grandes ressources, de son propre pays et même sans cesser d’être française de participer à la découverte et à l’exploitation de tout ce que contient le reste du Canada. Tout cela fait que le mouvement qui a saisi, le mouvement l’affranchissement qui a saisi le peuple français d’outre atlantique est tout à fait compréhensible et qu’aussi rien n’est plus naturel que l’impulsion qui le porte à se tourner vers la France.

Au cours de ces dernières années, il s’est formé au Québec un puissant courant politique, varié sans doute dans ses expressions mais unanime sur la volonté des français de prendre en mains leurs affaires. Le fait est là, et bien entendu ils considèrent la mère patrie, non plus seulement comme un souvenir très cher, mais comme la nation dont le centre, le cœur, l’esprit sont les mêmes que les leur et dont la puissance nouvelle est particulièrement apte à concourir à leur progrès. Alors que inversement leur réussite pourrait procurer à la France pour ce qui est de son progrès, de son rayonnement, de son influence un appui considérable.

C’est ainsi que le fait que la langue française perdra ou gagnera, la bataille au Canada, pèsera lourd sur la lutte qui est menée pour elle d’un bout à l’autre du monde. C’est donc avec une grande joie et un grand intérêt que le gouvernement de la République a accueilli à Paris le gouvernement du Québec dans la personne de ses chefs successifs Monsieur Lesage et Monsieur Daniel Johnson et a conclu avec eux des premiers accords d’action commune.

Mais il était évident que ces retrouvailles de la France et du Canada français devaient être constatées et célébrées solennellement sur place. C’est pourquoi Monsieur Daniel Johnson me demanda de venir rendre visite au Québec et c’est pourquoi je m’y rendis au mois de juillet dernier.

Rien ne peut donner l’idée de ce que fut la vague immense de foi et d’espérance française qui souleva le peuple tout entier au Québec au passage du Président de la République. De Québec jusqu’à Montréal sur les 250 kilomètres de la route longeant le Saint Laurent et que les français canadiens appellent " le chemin du Roi " parce que jadis pendant des générations leurs pères avaient espéré qu’un jour un chef de l’Etat français viendrait à la parcourir.

Des millions, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants, s’étaient rassemblés pour crier passionnément Vive la France et ces millions arboraient des centaines et des centaines de milliers de drapeaux tricolores et de drapeaux du Québec à l’exclusion presque totale de tout autre emblème. Partout où je faisais halte, ayant à mes côtés le Premier Ministre du Québec, et tel ou tel de ses collègues et accueillis par les élus locaux, c’est avec un enthousiasme unanime que la foule accueillait les paroles que je lui ai adressées pour exprimer trois évidences. D’abord vous êtes des français, ensuite en cette qualité, il vous faut être maître de vous-mêmes, et enfin l’essort moderne du Québec vous voulez qu’ils soit le vôtre après quoi tout le monde chantait la Marseillaise avec une ardeur indescriptible.

A Montréal, la deuxième ville française du monde et qui était le terme de mon parcours, le déferlement de la passion libératrice était tel que la France avait le devoir sacré d’y répondre sans ambage et solennellement. C’est ce que je fis en..., en disant, en déclarant à la multitude assemblée autour de l’hôtel de ville que la France n’oublie pas ses enfants du Canada, qu’elle les aime, qu’elle entend les soutenir dans leurs efforts d’affranchissement et de progrès et qu’en retour elle attend d’eux qu’ils l’aident dans le monde d’aujourd’hui et de demain. Et puis j’ai résumé le tout en criant : «Vive le Québec libre!».

Ce qui porta au degré suprême la flamme des résolutions. Que le Québec soit libre, c’est en effet ce dont il s’agit. Au point où en sont les choses dans la situation irréversible qui a été démontrée, accélérée par l’esprit public lors de mon passage, il est évident que le mouvement national des français canadiens et aussi l’équilibre et la paix du Canada tout entier, et encore les relations de notre pays avec les autres communautés de ce vaste territoire et même la conscience mondiale qui a été maintenant éclairée, tout cela exige que la question soit résolue.

Il y faut deux conditions : la première, c’est que, la première implique un changement complet quant à la structure canadienne telle qu’elle résulte actuellement de l’acte octroyé il y a cent ans par la Reine d’Angleterre et qui créa la fédération. Cela aboutira à mon avis forcément à l’avènement du Québec, au rang d’un Etat souverain et maître de son existence nationale comme le sont, de par le monde, tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres Etats qui ne sont pas si valables ni même si peuplés que le Québec.

Bien entendu cet Etat du Québec aura librement et en égal à régler avec le reste du Canada, les modalités de leur coopération pour maîtriser et pour exploiter une nature très difficile que l’immense étendue et aussi pour face à l’envahissement des Etats-Unis. Mais, on ne voit pas comment les choses pourraient aboutir autrement et du reste si tel est leur aboutissement, il va de soi aussi que la France est toute prête, avec un Canada qui prendrait cet aspect, qui prendrait ce caractère, d’entretenir avec son ensemble les meilleures relations possibles.

Et la deuxième condition, pour que... dont dépend la solution de ce grand problème, c’est que la solidarité de la communauté française de part et d’autre de l’Atlantique s’organise. Or à cet égard les choses sont en bonne voie. Et la prochaine arrivée, la prochaine réunion à Paris, nous l’espérons, du gouvernement du Québec et du gouvernement de la République, doit donner une plus forte impulsion encore à cette grande œuvre française essentielle à notre siècle, à cette œuvre devront d’ailleurs participer en des conditions qui seront à déterminer tous les français du Canada qui ne résident pas au Québec et qui sont un million et demi. Je pense en particulier à ces 250 000 acadiens qui sont implantés au Nouveau Brunswick, et qui ont gardé eux aussi, à la France, à sa langue, à son âme une très émouvante fidélité.

Au fond nous tous français, que nous soyons du Canada ou bien de France, nous pouvons dire comme Paul Valéry l’écrivait, j’en ai pris note, quelques jours avant de mourir : «Il ne faut pas», écrivait Paul Valéry, «que périsse ce qui s’est fait en tant de siècles de recherche, de malheur, et de grandeur et qui court de si grand risque dans une époque où domine la loi du plus grand nombre. Le fait qu’il existe un Canada français, nous est un réconfort, un élément d’espoir inappréciable. Ce Canada français affirme notre présence sur le contient Américain, il démontre ce que peuvent être notre vitalité, notre endurance, notre valeur de travail». «C’est à lui que nous devons transmettre ce que nous avons de plus précieux, notre richesse spirituelle. Malheureusement les autres français n’ont sur le Canada que des idées bien vagues et sommaires». Et Paul Valéry concluait : «ici s’intégrerait trop facilement une critique de notre enseignement». Ah ! Qu’est-ce qu’il aurait dit de notre prêtre s’il avait vécu assez pour lire, tout ce que tant et tant de nos journaux ont publié à l’occasion de la visite que le Général de Gaulle a faite aux français du Canada.

— Allons, allons, pour eux aussi, pour eux surtout, il faut que la France soit la France!

Charles de Gaulle,

Conférence de presse du 27 novembre 1967,
à l'Élysée.


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