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Bien moins cher que le
«Samedi de la matraque»!!!

– On va m'entendre là-bas, ça va faire des vagues. Je compte frapper un grand coup. Ça bardera. Mais il le faut. C'est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France.

Le général à son gendre, le commandant Philippe de Gaulle, en embarquant à Brest.

(Anne et Pierre Rouanet, in
Les trois derniers chagrins du général de Gaulle,
[Grasset ed.]), p. 82

The Gazette:

Canadian emblem missing from French Vessel

Le Colbert docked docked at L'anse au Foulon (Wolfe's Cove), bringing gen. de Gaulle to Canada, flying the tricolor and the flag of Lorraine, Gen. de Gaulle's personal banner. The Canadian flag was conspicuous by it's absence. When a ship enters the territorial water of a foreign nation, it flies the flag of that nation as a courtesy.

(Ici, une quelconque feuille anglaise se plaint amèrement que le Colbert n'arborait pas le drapeau canadien, à son arrivée à Québec...)

Pour le moment, les vagues, elles se brisent sur les flancs du Colbert, qui a entamé la remontée de l'Estuaire du Saint-Laurent parmi les troupeaux de baleines qui s'empiffrent de crevettes...

Sur une rive, un feu de joie allumé, mais qui ne sera pas aperçu: le Fleuve est si ample à cet endroit, qu'on n'en distingue pas les rives. Mais c'est mnéanmoins le Fleuve...

Dimanche matin, on est à quai, devant Québec, à l'Anse-aux-Foulons.

Quai fédéral. Pour une fois, les hégémonistes Anglo-Saxons ont leur petit triomphe: impossible de mettre le pied au Québec sans d'abord fouler le sol du Canada, ici, le quai, sous juridiction fédérale. Pour bien souligner ce détail, le vice-roi d'Angleterre, le très honorable Roland Michener, Governor General of Canada se charge des honneurs. Malgré tout cela, plus de 5,000 personnes (selon une estimation de la Royal Canadian Mounted Police) sont présentes.

Honneurs commençant par le God Save the Queen, l'hymne national du Canada. Car n'oublions pas que le Canada n'est qu'une vulgaire succursale non de l'Angleterre. D'une tribune voisine, remplie de notoires, quelques hou! hou! s'élèvent... Mais quand retentit La Marseillaise, c'est au tour de celle-ci de s'époumoner en entonnant l'hymne national Français.

Le Général débarque du Colbert– Monsieur le gouverneur général, je me félicite d'avance d'aller prochainement à Ottawa vous saluer, saluer le gouvernement canadien, et je me félicite d'avance d'aller prochainement à Ottawa entretenir le gouvernement canadien au nom de mon pays des rapports qui concernent le nôtre et le vôtre...

En d'autre mots, ce qui se passe ici, ce n'est pas de vos oignons...

Puis, s'addressant au premier ministre Daniel Johnson:

– Monsieur le Premier ministre, c'est avec une immense joie que JE SUIS CHEZ VOUS au Québec.

A ce moment, où le Governor General of Canada allait prononcer son discours, un hélicoptère surgit de nulle-part, et noie de son bruit toute tentative de discours... Des officiels du ministère des transports présent ont tenté, sans succès, de communiquer avec l'appareil, mais ce dernier est demeuré sourd aux injonctions officielles. À bord de l'hélicoptère, un caméraman était fort occupé à filmer la cérémonie pour le compte du Gouvernement du Québec, suivant les instructions relayées du sol par un officiel non-identifié à l'aide d'une radio portative...

Malgré tout ces avatars, mister Michener, en voisin bien élevé, se retire dans sa Citadelle après l'apéro, en cela reconduit chez-lui par le Général qui le laisse à la porte de sa forteresse (au modèle d'ailleurs copié sur Vauban), avant de rallier Daniel Johnson.

Le cortège se faufile, tant bien que mal, jusqu'à l'Hôtel de Ville, érigé sur l'ancien emplacement du collège des Jésuites, que l'occupant anglais avait fait raser sous le prétexte fallacieux d'insalubrité un siècle plus tôt...

A perte de vue, la foule en liesse occupe tous les espaces libres. Quel contraste avec le Samedi de la Matraque, en 1964, où la foule avait été bastonnée par les farces de l'ordre, lors d'une visite d'Elizabeth II, Queen of England by the Grace of God (ce qui prouve bien que quand il faut être contre le peuple, la religion peut vous donner un sacré coup de main, surtout si on est papesse de ladite religion...)

Maintenant, point de bastonnade, mais une aura de fête. Le général, descendu de voiture, gravit les trois marches du perron de l'Hôtel-de-Ville de Québec. La foule occupe toute la place, jusqu'au perron lui-même. Tout juste de la place pour le Général, et son micro.

De Gaulle discourt à l'hôtel-de-ville de Québec— Je remercie Québec de tout mon coeur pour son magnifique accueuil, pour son accueuil français. Je vous apporte le salut, la confiance et l'affection de la France. Nous sommes liés de part et d'autre de l'Atlantique par un passé aussi grand que possible et que nous n'oublieront jamais.

ous sommes liés par le présent parce qu'ici nous nous sommes réveillés comme là-bas, nous avons épousé notre siècle. Nous sommes en plein dévellopement, nous acquérons les moyens d'être nous-mêmes.

Nous sommes liés par notre avenir...

Puis, après un regard furtif comme pour guetter un surveillant scolaire,

– Mais on est chez-soi, ici, après tout! Nous sommes liés par notre avenir parce que ce que vous faites en français de ce côté-ci de l'Atlantique et ce que fait en français le vieux pays de l'autre côté, c'est une même oeuvre humaine. Nous en avons des choses à faire ensemble en ce monde difficile et dangereux où ce qui est français a son rôle à jouer comme toujours...

Toute la France en ce moment regarde ici, elle vous voit, elle vous entend, elle vous aime!

Vive le Canada, vice les Canadiens français, vive Québec, vive la Nouvelle France, vive la France!

Puis, c'est la grand-messe à la basilique de Sainte-Anne de Beaupré. Foisonnement de soutanes et cornettes, en un dernier soubresaut, avant de disparaître à jamais dans la poubelle de l'Histoire, la Grande Noirceur s'étant définitivement éclairée des lumières modernes lors de la Révolution Tranquille, qui battait alors son plein.

Puis, après-midi, en tête à tête avec Daniel Johnson, une conférence. Ensuite, réception à bord du Colbert, gracieuseté du Président de la République Française, juste avant le souper au Château Frontenac.

L'hôtel du Canadian Pacific Railway, bastion Anglo-Saxon par excellence, a eu sa petite revanche: on sert au Général le même menu qu'on a servi à la reine d'Angleterre trois ans plus tôt...

Mais le Governor General of Canada n'est pas pour autant rejeté; seulement, son couvert restera inutilisé, probablement parce qu'il a préféré rester dans sa Citadelle pour bouffer des crumpets à la sauce à la menthe, le tout arrosé d'une piquette de la péninsule du Niagara...

Par contre, le Lieutenant Gouvernor of Québec, The Right Honourable Hugues Lapointe, tout de Rivière-du-Loup fut-il, se fit remettre en place ainsi:

– Je salue Monsieur le Lieutenant-Général et Madame Lapointe qui sont aimablement des nôtres, et je lève mon verre en l'honneur du gouvernement du Québec, en l'honneur du Canada français...

Puis, après la bouffe et les toasts, les discours:

– Il est de notre devoir d'agir ensemble (...) Car à la base, se trouvent trois faits essentiels, que rend aujourd'hui éclatants l'occasion de ma visite. 1) Après qu'eut été arrachée de ce sol, voici deux cents quatre années, la souveraineté inconsolable de la France, 60,000 Français y restèrent. Ils sont maintenant plus de six millions (...), miracle de fécondité, de volonté et de fidélité.

2) Vous, Canadiens français, votre résolution de survivre en tant qu'inébranlable et compacte collectivité, après avoir longtemps revêtu le caractère d'une sorte de résitance passive (...) a pris maintenant une vigueur active en devenant l'ambition de vous saisir de tous les moyens d'affranchissement et de développement que l'époque moderne offre à un peuple fort et entreprenant.

3) Ce que l'on voit apparaître au Québec, ce n'est pas seulement une entité populaire et politique de plus en plus affirmée, mais c'est aussi une réalité économique particulière et qui va grandissant.

– En somme, compte tenu des difficultés inévitables d'un tel changement, moyennant les accords et arrangements que peuvent raisonnablement comporter les circonstances qui vous environnent et sans empêcher aucunement votre coopération avec des éléments voisins, on assiste ici comme en maintes régions du monde à l'avènement d'un peuple qui, dans tous les domaines, veut disposer de lui-même et prendre en main ses destinées.

– Cet avènement, c'est de toute son âme que la France le salue. Que le pays d'où vos pères sont venus fournisse son concours à ce que vous entreprenez, rien n'est plus naturel.

– Ce que le peuple français a commencé de faire au Canada il y a quatre siècles, ce qui y a été maintenu depuis lors par une fraction française grandissante, ce que les Français d'ici une fois devenus maîtres d'eux-mêmes auront à faire, ce sont des mérites, des progrès, des espoirs qui ne peuvent en fin de compte que servir à tous les hommes.

Sur la terrasse Dufferin, en dehors du Château Frontenac, la population québécoise en liesse célèbre gaillardement la venue du président français. Un feu d'artifice somptueux fait demander au chef de l'opposition, le libéral (donc inféodé au pouvoir anglais) Jean Lesage combien cela a t'il pu coûter "au contribuable"...

– Bien moins cher que le Samedi de la Matraque,
qu'on lui répondra...

***

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